L’alcoolisme, cette maladie réelle, terrible, mais sous-estimée

Crédit photos : Adobestock/Mylène Colmar

Mariage, déjeuner de travail, sortie en boite de nuit ou même veillée… En Guadeloupe, en quasi toutes circonstances, l’alcool est présent, consommé. Cependant, un danger guette : la perte de contrôle débouchant sur une maladie alcoolique. Focus en 5 points avec le Dr Tony Romuald, addictologue, coordinateur médical du Réseau Addictions Guadeloupe.

 

  1. « Notre société favorise la consommation d’alcool »

« La Guadeloupe est un département où l’alcool est beaucoup consommé, parce qu’en boire est valorisé », souligne le Dr Romuald. Et de préciser : « en plus des occasions habituelles – anniversaires, mariages, baptêmes, on en a même créé d’autres comme les afterworks. Notre société est donc tournée vers la consommation d’alcool, elle la favorise et va même jusqu’à préparer nos enfants, via des produits spécifiquement faits pour eux, c’est-à-dire qui ont la forme des bouteilles, le côté pétillant et la couleur de l’alcool. »

 

  1. Des milliers de personnes concernées

« Selon la dernière enquête datant de 2014, 5% de la population guadeloupéenne ont un problème d’alcool ». Cependant, « on ne peut pas résumer la dépendance aux seuls chiffres », précise le Dr Romuald.

Les personnes les plus touchées par l’alcoolisme sont celles qui travaillent dans le bâtiment, qui participent souvent à des repas, qui exercent des métiers où l’on sert de l’alcool… Toutefois, « personne n’est protégée » : « cela concerne tout le monde, parce que l’alcool peut être festif et/ou permettre de soulager des émotions négatives, l’anxiété sociale, de se désinhiber ».

 

  1. « L’alcoolodépendant est mal vu »

« Si l’alcool est valorisé en Guadeloupe, ce n’est pas le cas de celui qui en est dépendant, parce qu’il a perdu son travail, qu’il est en échec scolaire. Il est rejeté par sa famille, la société, car il gâche la vie de l’autre, de son conjoint, de ses enfants. »

L’alcoolisme a ainsi de graves conséquences sociales, mais aussi sur la santé : dégradation corporelle, pathologie cardiovaculaire, hypertension, trouble du rythme cardiaque, complications cancéreuses, pathologies sur le foie, le pancréas, le cerveau, démences et psychoses alcooliques, troubles cognitifs associés, etc. « Il y a une difficulté à fonctionner normalement, une perte de qualité de vie. Les conséquences peuvent être gravissimes », insiste le Dr Romuald.

 

  1. « On a très souvent du mal à dire qu’on est alcoolique »

« Quand une personne commence à reconnaître qu’elle a un problème avec l’alcool, elle peut se rendre dans un Centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie ou avoir une consultation hospitalière, explique le Dr Romuald. Elle voit alors une équipe pluridisciplinaire qui va faire une évaluation du trouble, de l’addiction, de l’usage (à risque ou pas), rechercher une comorbidité (anxiété sociale ou phobie, par exemple) et la motivation du patient, puis proposer une prise en charge adaptée. »

 

  1. « Tout alcool peut entraîner la dépendance »

« C’est le rapport à l’alcool qui pose problème. On peut ne boire que du vin, que du rhum ou que de la bierre, et pourtant être dépendant. »

Autre précision d’importance : « On parle bien de maladie alcoolique. Le malade n’arrive pas à se contrôler. Rien qu’en pensant à l’alcool, il a envie de boire. Ce n’est pas un vice. C’est bien une maladie. »

 

Mylène Colmar

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